Les crus classés de 1855 chers ?

Le classement de 1855 est la reconnaissance par le ministère de l’agriculture de la qualité supérieure de certain crus du Médoc, qui jouissaient déjà d’une notoriété impactant le cours du vins alors. Ainsi, Lafite ou Château Margaux avaient déjà la place de leader au début du XIXème.
Les titres de premiers aux cinquièmes crus classés sont consacrés et le classement reste inchangé à ce jour (à l’exception de l’ajout de Cantemerle en 5ème en 1856 et du passage de Mouton de 2nd à 1er en 1972)
Les années 2000 ont vu le cours des grands vins de Bordeaux s’envoler, la demande Chinoise a fait passer le statu des premiers crus classés au rang de produit de luxe, et même s’ils ont été une locomotive pour les autres, on peut, en 2022, constater de grands écarts de prix au sein même des classés qui ne reflètent absolument pas la qualité intrinsèque des vins.
C’est vrai, les plus réputés ne lésinent pas sur les investissements, la recherche et le développement, et certains cinquièmes se positionnent par leur prix en seconds et le méritent entièrement : Lynch Bages et Pontet Canet sont époustouflants !
On peut considérer plusieurs tranches prix dans le Médoc : les premiers, Lafite, Mouton, Latour, Margaux et Haut-Brion se vendent habituellement au dessus de 600 € la bouteille.
Certains seconds et troisièmes ont profité de l’attraction des 1ers et atteignent 250 à 300 € la bouteille, comme Ducru Beaucaillou, Palmer, Calon Ségur, Pichon Comtesse, Rauzan Segla, Cos d’Estournel, Léoville Barton, Montrose.
D’autres se positionnent entre 100 et 200 euros comme Brane Cantenac, Beychevelle, Pontet Canet, Lynch Bages.
une grande partie des châteaux sont vendu entre 50 et 100 € la bouteille (tout de même) Grand Puy Lacoste, Rauzan Gassie, Gruaud Laroze…
Des châteaux qui ont préféré satisfaire leur clientèle préexistante au marché chinois, avec des vins moins onéreux malgré un standing digne des plus beaux vins du monde !
C’est le cas pour :

Cos Labory 5ème cru classé à Saint-Estèphe, jouxte l’illustre Cos d’Estournel et ses vignes sont attenantes à celles de Lafite. Ce cru familiale des Audois est géré avec brio et constance. Le Saint-Estèphe dans toute sa droiture !
Quoi qu’en évolution tarifaire constante, on le trouve vers 35 € en primeurs.
Vous trouverez quelques caisses de 2017 à 33 € la bouteille, qui nous restent ici possible à boire dès maintenant.

Cantemerle, 5ème cru classé en Haut Médoc à Macau, l’un des plus grands domaines du médoc, aux portes de l’agglomération Bordelaise, aux parcelles pourtant très qualitatives. La taille du domaine et la grande production à l’instar de Lagrange permet à Philippe Dambrine de proposer un grand vin autours de 30 € la bouteille.
voici par exemple des 2017 à 28 €, ici

La Tour Carnet, 4ème cru classé de Haut Médoc, non loin de Pauillac et St Julien, ce Château appartient à Bernard Magrez du Pape Clément, toujours vinifié par Michel Roland. C’est un vin de garde, un dur dans sa jeunesse (c’est souvent le cas des vignes éloignées de la Gironde) mais excellent pour la cave d’un amateur.

Marquis de Terme, 4ème cru classé de Margaux, est réputé pour être la mesure étalon du millésime, son classicisme dévoile tout de suite les différent aspect du millésime à Margaux. Les vins tournent autours de 40 € et vous pourrez en trouver sur notre site en 2017 prêt boire à condition de le carafer, ici

Lagrange, 3ème cru classé de Saint-Julien, avec 100 hectares, l’un des plus vaste domaine du Médoc, a été déprécié à la fin du siècle dernier, et a eu du mal à remonter dans l’estime des marchés. Malgré la qualité montante et salué par tous les dégustateurs depuis plus de 15 ans, son tarif toujours en progression, passant de 30 € en 2010 à 50 € de nos jours. Il nous reste encore quelques caisses de 2017 à 45 € par col ici

À noter, parmi les seconds crus classé en 1855, Durfort Vivens en AOC Margaux a lui aussi été déprécié à la fin du siècle dernier. Depuis plus de 20 ans le château s’est converti au bio, Gonzague Lurton a réhaussé la qualité des vendanges, modernisé le chai, la qualité des moûts est salué par les dégustateurs mais il n’arrivait pas jusque là à rejoindre ses camarades, ce qui pourrait bien ne pas durer. Il nous reste des 2017 encore à des prix primeur soit 55 € par bouteille ici

Le classement de 1855 est aussi passé par Sauternes et Barsac en classant Yquem, premier cru exceptionnel, 11 premiers et 15 deuxièmes crus.
Les Sauternes ne se vendent plus, les consommateurs du monde entier le boude (sauf Yquem qui était le plus cher que Petrus, Cheval Blanc ou Lafite dans les années 90, tout de même, et se vends aujourd’hui entre 200 et 300 € en primeur)
Seul les 1ers Climens et Rieussec (dans le giron de Lafite) réussissent à maintenir un prix d’une centaine d’euros… les autres et les 2nds crus classés de Sauternes sont toujours aussi bons qu’antan, mais leur prix est dérisoire aux vues du travail fourni pour produire des vins liquoreux.


Parmi ces premiers, l’un a été racheté il y a une dizaine d’années par Bernard Magrez du Pape Clément : Château Clos Haut Peyraguey. Il y produit de joli vins, mais la demande décroissante des Sauternes a laissé des tarifs autours de 30 à 35 €, ce qui pour un premier cru classé de Sauternes est hallucinant, surtout quand on sait le coût de production et la maitrise nécessaire à l’élaboration de tels vins ! Vous trouverez des 2016 qui se garderont au moins 20 ans encore à 33 € ici

Romains, Gascons, ordres monastiques, anglais, hollandais, ont repéré, au fil des siècles, les terroirs qualitatifs de Bordeaux et ont planté aux bons endroits, sélectionné les bons cépages. Ils ont dessiné et fait évolué ce vignoble qui s’est hissé comme symbole du vin au travers du monde entier.
Classe, standing, produit gastronomique, grande garde, les vins de Médoc sont réputés pour être les meilleurs vins rouges au monde ! 1855 établit une photographie de la hiérarchie existante à cette époque, et si le classement n’a pratiquement pas été modifié et ne le sera sans doute plus jamais, certaines propriétés ont émergé depuis ; leur demande croissante les place au niveau de beaucoup de classés en 1855.
Tenté en 1932, puis peaufiné en 2003, l’état avait alors consacré un classement des « Bourgeois » du Médoc, temporaire, afin de valoriser ces châteaux, et avait déclaré 9 « Bourgeois Exceptionnels » : Haut Marbuzet, Siran, Chasse Spleen, Poujeaux, Ormes de Pez, de Pez, Labegorce Zédé, Potensac et Phélan Ségur.
(Sociando Mallet et Gloria, jouissant d’une notoriété au moins égale, n’ont jamais concouru)
Ces 11 châteaux seraient classés s’il y avait un remaniement (improbable) du classement de 1855, ils ont la qualité et la reconnaissance des marchés. Par contre, ils ont tous abandonné de se présenter au nouveau classement des bourgeois de 2019 et ses tumultes – ce qui lui enlève du prestige… et de la crédibilité.
Le Bordeaux bashing depuis plus de 15 ans, et l’incapacité des syndicats d’AOC à établir une reconquête des marchés perdus (voir la lettre de mon jardin 02/2022 Où l’on reparle des Bordeaux) mettent à mal l’une des régions viticoles les plus vastes et prolifiques. Alors même que c’est bien ici que l’on trouve les meilleurs rapports qualité/prix en Europe du moins.
Nous avons bien peur que les AOC et les classements officiels ne battent un peu de l’aile : les Bourgeois sont affaiblis, les classés du Médoc sont critiqués pour leur politique du luxe, ce ne sont plus des vins pour boire ou même déguster, mais des objets de spéculation, pour gens riches les Saint-Emilion Grand Cru Classé ont eux aussi subit les affres d’un remaniement et ses guerres intestines, aboutissant au départ de Cheval Blanc et Ausone, pourtant moteurs de l’appellation.